12/21/2017

Dans le bus à deux euros quarante

Derrière les brumes d'avant l'aurore
tellement froides
qu'elles sont presque solides
le bataillon invisible
épaules contre épaules
dans le bus à deux euros quarante
- qui pourrait être certain
qu'il ne roule pas tout droit
vers le vide  ? -
ceux qui vont trimer
ceux qui vont aimer
ceux qui vont mourir
ça baille ça tousse ça renifle
deux jeunes téméraires s'embrassent
deux vieux résistants persistent
à articuler
mais la plupart se taisent
bouches closes
parfois paupières baissées
l'haleine de nos silences
sous le souffle carbonique
du chauffage
les échos de la radio se dissipent
jusqu'à l'éclat rougeoyant des phares
où la clarté artificielle
ondule d'un écran
véhicules alignés
vers l'horizon
quasi immobiles
les yeux vont se perdre
dans les fossés gelés
salive acide
c'est le moment que le jour choisit
pour se lever
mal maquillé
déjà crevé
alors on aperçoit
sur la rambarde de sécurité
tagué tout en noeuds
 à la bombe noire
On lâche rien
pour se moquer
ou consoler
va t'en savoir

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