6/27/2017

Scène de la chienlit ordinaire

Une fois
les fleurs de liserons
 et les élitres d'insectes
se sont croisées
chez leur dealer
la lumière du matin
comme d'habitude
chacun à royalement
ignoré l'autre

6/25/2017

The Beatles - A Day In The Life

Le temps d'écrire

Je n'ai jamais été à la hauteur
de l'instant
sans cesse à cultiver
des pensés des souvenirs
des peurs des projets
à nostalgier chaque moment
autant de moyens de m'en éloigner
de m'en protéger
mais qui me laissent l'impression
de regarder la vie
à travers la putain de vitre
d'un train toujours en retard
parce que sans le secours des mots
je suis un asticot effrayé
et que le temps d'écrire
qu'un oiseau chante
vous pouvez être sûr
qu'il ne chante plus

6/22/2017

Chronique d'Antoine Emaz Jacmo et Caude Vercey - Décharges 174 - Merci !


Dans le nouveau numéro de Décharges (174)* cette chronique d'Antoine Emaz. La fraternité de ce partage, avec Roger Lahu bien sûr, avec cette revue itou, avec chacun des éditeurs (Vincent Rougier, Le Castor Astral, Le Pédalo Ivre, Gros Textes, Les Carnets du dessert de lune - pas cité ici mais que je prends avec -) et enfin avec Antoine Emaz dont le travail me touche tellement, ce jeu qu'on paufine tous ensemble au bord du vide, voilà pourquoi je crois à la poésie. Merci !

* : à noter également, et apprécier à sa juste valeur, la diversité des points de vue, avec les chroniques de Claude Vercey et Jacmo respectivement sur le site et dans les Dia de la revue (reproduit ci-dessous) que je remercie aussi chaleureusement.


Philippe leotard -02- Demi-mots amers (2000)

6/21/2017

Le cul dans la rivière



Assis par terre le cul dans la rivière toutes les étoiles étaient à nous. On a mangé la nuit toute crue comme une pastèque trop mûre. Le lendemain le jour avait son rire d'enfant sale. Ensemble on est moins vieux.

6/20/2017

Je garde vos arrières

Je n'ai pas voulu 
tout de suite en être
j'ai voulu rester là
à côté
tout près
regarder ce que c'est 
le jeu de vivre
et le soleil qui monte
sur le bordel de la veille
et le grand rire noir des autres
et les cuisses des filles
regarder sans risquer
d'être aussi nul 
que je le pensais
je n'ai pas voulu 
tout de suite exister
il a fallu du temps
des mains
il a fallu aussi 
que je me perde assez
pour ne plus me demander
 où j'étais
et décider vraiment
où je voulais aller
 je suis myope
mais j'ai appris à observer
depuis je m'aime un peu plus
et j'aime un peu plus le monde
je suis une bête qui aime
parce que je suis une bête qui sait
j'en ai gardé une manière
d'être toujours un peu
en retard
en arrière
comme un tireur couché 


6/16/2017

Columbine - Temps Électrique (prod. Skuna)





Regardez vos enfants. Ils sont tristes et perdus.
Ils jouent au bord de la falaise que vous avez creusé. Et ils ont le
talent d'en faire quelque chose. C'est beau.

Lâché de ciel dans le ventre

 Buster Keaton dreams of wooing his beloved in An Old Spanish Custom (1934).

Tout commence par être lourd. Ecrasé. Comme une mer morte. Et puis une légion subtile se met en branle. Sous les ailes des mouches d'abord. Puis dans la rumeur des branches. Le feulement d'un chat. Ou la course précipitée du lézard. L'herbe frémit sous les pas d'une immense foule de cris d'oiseaux. Le ciel fourbit ses brassées de nuages. Les odeurs se dressent. Et les cîmes s'aiguisent dans des Ho hisses d'or sombre. "Cet incendie c'est une aurore" disait Louise Michel.  Cette révolte, c'est un orage.

6/14/2017

Si ça c'est pas de l'amour !



Aussi sûr que la sueur
est la confiture de nos efforts
pour récompenser les loopings d'anges ivres 
que font les mouches sur nos cadavres
je crois en chacun d'entre vous
bande de petits salopards sublimes

6/10/2017

Tentative de classement toxico-logique

le vent est une bonne défonce
les mouches est une mauvaise défonce
les pieds sur le carrelage froid est une bonne défonce
le dos dans le sable est une mauvaise défonce
l'oreiller d'une fille est une bonne défonce
le matelas d'un homme est une mauvaise défonce
le dessous des fougères est une bonne défonce
le dessus des lauriers est une mauvaise défonce
le pépin de pomme est une bonne défonce
le pépin de fraise est une mauvaise défonce
les cailloux dans les chaussures est une bonne défonce
les boules de fleurs de carottes accrochées aux chaussettes est une mauvaise défonce
les rebords sales de fenêtres du rez-de-chaussés dans les ruelles sombres est une bonne défonce
la peinture neuve des bancs publiques est une mauvaise défonce
le ventre des chauve-souris est une bonne défonce
les pattes rouges des pigeons est une mauvaise défonce
les quaies de gares est une bonne défonce
les halls de gare est une mauvaise défonce
le pollen jaune des pissenlits est une bonne défonce
la poudre d'ailes de papillons sur les doigts est une mauvaise défonce
la peau de serpent au soleil est une bonne défonce
la peau de poisson au soleil est une mauvaise défonce
les reflets colorés des papiers argentés de bonbons est une bonne défonce
les reflets argentées de la pellicule plastique des paquets de cigarettes est une mauvaise défonce
les croassements de grenouilles dans les fossés d'irrigation est une bonne défonce
le rouli des roulettes des valises à roulettes sur les trottoir est une mauvaise défonce
la brûlure du plastique des toboggans est une bonne défonce
les bras qui collent au formica des tables de bar fraîchement épongées est une mauvaise défonce
ouvrir les yeux dans l'eau est une bonne défonce
ouvrir la bouche en mobylette est une mauvaise défonce
le ventre chaud d'une tomate qui mûrie est une bonne défonce
la sueur dans les sandales est une mauvaise défonce
la puanteur d'un poulaillé est une bonne défonce
la puanteur d'une baraque à glace de plage est une mauvaise défonce
arrêter de respirer est une bonne défonce
recommencer à respirer est une bonne défonce
(dans les deux cas garder les yeux ouverts)
le parfum de sa grand-mère est une bonne défonce
le parfum des autres grands-mères est une mauvaise défonce
les traces d'eau sale sur les vitres est une bonne défonce
les moisissures des joints de la salle de bain est une mauvaise défonce
le vertige dans le ventre est une bonne défonce
le vertige dans la tête est une mauvaise défonce
la régression  est une bonne défonce
le goût de vaincre est une mauvaise défonce
l'amertume est une bonne défonce
la méchanceté est une mauvaise défonce
la nostalgie est une bonne défonce
l'orgueil est une mauvaise défonce
le fromage coulant est une bonne défonce
le soda tiède est une mauvaise défonce
mordiller une oreille est une bonne défonce
mâchouiller un ongle est une mauvaise défonce 
la bave d'enfant est une bonne défonce
la bave de chien est une mauvaise défonce
la glace au chocolat est une bonne défonce
le shampoing à la vanille est une mauvaise défonce
l'herbe coupée est une bonne défonce
le cheveu coupé est une mauvaise défonce
tituber trébucher longer escalader est une bonne défonce
ramper racler charier arracher est une mauvaise défonce
rôgner et rôder est une bonne défonce
compter et crouter est une mauvaise défonce
La nuit blanche est une bonne défonce
le jour noir est une mauvaise défonce
passer l'aspirateur est une bonne défonce
rincer la salade est une mauvaise défonce
pour tout le reste
c'est comme les fruits de mer
 ou la mayonnaise
ça dépend du contexte







6/09/2017

Gare maritime 2017 - Juin 2017


 Gare maritime 2017 : commandez votre exemplair

Parution juin 2017
Édition
Gare maritime 2017, 96 pages + 1 CD : 17€ (FP 3,70€). Commandez votre exemplaire ici : Bon de soucription Gare maritime.

Gare maritime est l’anthologie annuelle des lectures organisées par la Maison de la Poésie de Nantes lors des soirées « Poèmes en cavale » et durant le festival MidiMinuitPoésie. Pour chaque auteur invité, un présentation rédigée par un poète, un éditeur ou un traducteur ; également des poèmes, une bibliographie détaillée, des repères biographiques et une photo réalisée par le photographe Phil Journé. Un CD accompagne l’ouvrage, offrant un extrait de la lecture de chaque auteur.
Ainsi Gare maritime, s’étoffant chaque année, est une anthologie vivante, attentive à ce qui se crée en France et à l’étranger. Au fil de ses parutions, elle propose un panorama de plus en plus large permettant l’approche de la création poétique actuelle dans sa multiplicité.

Au sommaire de ce prochain numéro : Frank Smith, Maël Guesdon, Frédéric Boyer, Christos Chryssopoulos (Grèce), Général Instin avec Patrick Chatelier, Lucie Taïeb et Cécile Portier ; Laura Vazquez, Isabelle Damotte, Fabienne Yvert, Kim Hyesoon (Corée), Renée Gagnon (Québec), Jean-Claude Pinson, Sophie G. Lucas, Thomas Giraud, James Sacré, Frédérick Houdaer, Jérôme Leroy, Thomas Vinau, Amandine André, Samantha Barendson, Luc Bénazet, Tone Škrjanec (Slovénie), Tina Darragh (USA), Tonya Foster (USA), Marcella Durand (USA), Pierre Escot, Julien D’Abrigeon, Clémentine Mélois ; les éditions La Contre allée, les revues Les Divisions de la joie, La Moitié du fourbi, tapin², Vacarme ; les musiciens Clara de Asis, Samir Aouad, Hélène Breschand, Patrice Grente et Deborah Lennie.

 Encore du sacré beau boulot de la Maison de la Poésie de Nantes
 Merci !!

6/07/2017

Au cas où

En courant, à chaque fois, je finis par passer devant ce petit sentier, aux parfums persistants de genêts en fleurs. Au loin avant le premier virage, je peux apercevoir le fil électrique d'une clôture pour chevaux, et puis l'obscurité fraîche d'une de ces granges sans porte qui servent de berceaux aux loirs aux serpents et aux chauves-souris. Peut-être ensuite trouverai-je une cascade pleine de vouivres nues prêtent à m'ensorceller. Ou peut-être un de ces vergers débordant de coquelicots et d'abeilles enivrées. Ou peut être une décharge à ciel ouvert qui sait. Je n'irai jamais vérifier. Il faut toujours se garder un sentier en réserve. Quelques peut-être de secours ...

6/06/2017

Les longues promenades



il revenait souvent
de ses longues promenades
avec un poème en tête
ou un animal mort dans le sac

parfois c'était la même chose

6/05/2017

Et ce monde rendait une étrange musique

Que couve le ciel
l'herbe si verte
l'aube nouvelle
les chants d'oiseaux

Où est l'arnaque
la varicelle
l'asticot

Dans chaque charogne
un arc en ciel

6/03/2017

Asile !

"[…] on le vit couler sur la façade, comme une goutte de pluie qui glisse le long d’une vitre, courir vers les deux bourreaux avec la vitesse d’un chat tombé d’un toit, les terrasser sous deux poings énormes, enlever l’égyptienne d’une main, comme un enfant sa poupée, et d’un seul élan rebondir jusque dans l’église, en élevant la jeune fille au-dessus de sa tête, et en criant d’une voix formidable : Asile !
[…] – Asile ! asile ! répéta la foule, et dix mille battements de mains firent étinceler de joie et de fierté l’œil unique de Quasimodo.
[…] les femmes riaient et pleuraient, la foule trépignait d’enthousiasme, car en ce moment-là Quasimodo avait vraiment sa beauté. […] il regardait en face cette société dont il était banni, et dans laquelle il intervenait si puissamment, cette justice humaine à laquelle il avait arraché sa proie, tous ces tigres forcés de mâcher à vide, ces sbires, ces juges, ces bourreaux, toute cette force du roi qu’il venait de briser, lui infime, avec la force de Dieu."

Notre Dame de Paris, Victor Hugo

Session Unik : Babx et Archie Shepp

Trace de brave


Le monde
cette fraise
le poète
cet escargot

6/02/2017

Radeau poilu


à flotter dans les cris d'oiseaux
 planche de temps volé
Je suis mon propre radeau
l'inachevé lèche mes pieds

5/31/2017

La Part des nuages - Lire - Juin 2017


Merci à Fabrice Gaignault pour cette chouette chronique de La Part des nuages (10:18) dans le dossier Spécial Poche du magazine Lire: de juin 2017

5/30/2017

Et pendant tout ce temps la faim chante


 (Peggy the Nomad, illustrated by Agnes Randall Moore,1935)

La lumière 
ne cesse de monter
au loin des yeux
elle sort de la terre
grimpe par les pieds
escalade les chevilles
s'accroche à l'échine
se cache dans la bouche
 puis s'évapore
par les tempes le front
 les narines
alors que la nuit
ne cesse de tomber
en une irrémédiable
pluie fine

5/28/2017

L'aventure c'est l'aventure

C'était une fille de vingt ans à chevelure rousse, elle avait ce qu'il faut. le speed-dating n'avait pas trop mal commencé bien que je n'étais pas certain de vouloir vraiment comprendre pourquoi il avait fallut que ce soit dans un abattoir de chicago. Voilà que pour ne pas ajouter à l'horreur du monde, il fallait bien choisir ses mots. Elle avait lancé les dés en commençant les questions :

- Tu fais quoi dans la vie ?

- Ho j'ai pas mal roulé ma bosse ...

- Genre Mike Horn ?

- Tu crois pas si bien dire

- C'est à dire ?

- bin ... j'ai traversé le cancer d'un proche en solitaire

- Le tropique ?

- Non le trop près.

- ...

- Et puis j'ai escalader un cauchemar à la main !

- ...

- Perdu deux trois combats aussi.

- De rue ?

- Non d'amour.

 - ...

- Un jour j'ai cru ne jamais revenir

- D'où ?

- De Pôle emploi

- ...

- Ha mais j'ai quand même vaincu la mode des années quatre-vingt-dix ... Un survivant en quelque sorte.

Pas le temps de finir, la rousse était partie. Sûrement trop casanière




5/25/2017

Fondamentale


Il n'y a pas
de différence fondamentale
entre le rire de nos enfants
la peau de tes fesses
ou les pivoines en fleurs
toutes les vraies beautés
sont à la fois infiniment solides
et infiniment fragiles

5/24/2017

Reflet

 

En un instant il n'y a plus
que la verdure bouillonnante
du soleil dans les feuillages
et l'on s'aperçoit soudain
dans l'ombre agitée d'ambre
avec le soupçon supplémentaire
de chaleur nécessaire
pour s'aimer
un tout petit peu mieux